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Menthes sauvages

 

Je range sous ce nom la menthe aquatique (Mentha aquatica L.), la menthe à feuilles rondes (Mentha rotun­difolia L. au sens large), la menthe sylvestre (Mentha longifolia Hudson) et la menthe des cham ps (Mentha aroensis L.), dont les propriétés sont identiques, mais en général plus faibles que celles des plantes cultivées. Pour ma part, et quoique les flores lui trouvent une odeur désagréable, je cueille de préférence la menthe à feuilles rondes ou baume sauvage, et, à sa suite, la menthe aqua­tique. Les deux autres espèces ont une senteur forte à tonalité désagréable.

Menthes cultivées

Autant pour l'extraction de l'essence, plus ou moins riche en menthol et en esters du menthol selon sa pro­venance, que pour la vente en herboristerie, on cultive en grand la menthe poivrée (Mentha piperita Huds.), plante stérile que l'on considère comme le produit du croisement de la menthe aquatique et de la menthe verte. Cette plante, d'un parfum intense, qui détermine sur la langue, quand on la mâche, une sensation de brû­lure suivie de froid, est la plus active des menthes ; on devrait cependant réserver son usage aux adultes car, rapidement excitante, puis irritante, elle peut occasionner des accidents chez les enfants. On en cultive plusieurs variétés : en France, les plantations de Milly-la-Forêt sont célèbres; en Angleterre, celles de Mitcham, dans le Surrey, produisent le peppermint. Le Japon, qui cultive de son côté une menthe poivrée dont l'essence contient jusqu'à 92 % de menthol, est devenu le premier producteur mon­dial de ce produit (il faut environ une tonne de menthe fraîche pour obtenir 2 kg d'essence). Le menthol entre dans la fabrication de liqueurs, de boissons rafraîchissantes,

de gommes à mâcher, de confiseries, etc., et, comme "agent de sapidité" plus que comme adjvant aux propriétés reconnues, dans de multiples spécialités pharmaceutiques.

La menthe verte (Mentha spicata L.), cultivée dans beaucoup de jardins, exhale un parfum suave et péné­trant, moins agressif que celui de la menthe poivrée. On la rencontre çà et là à l'état plus ou moins naturalisé. C'est

.~ une plante robuste, atteignant parfois 1 m, à feuilles aiguës, d'un beau vert, glabres ou presque, à épis de fleurs longs et étroits, où les verticilles sont assez espacés, au moins à la base. C'est un hybride fertile issu du croise­ment de la menthe à feuilles rondes "vraie" (M. suaveolens Ehrh.) et de la menthe sylvestre. Cette plante est cultivée en grand aux Etats-Unis sous le nom de spearmint. C'est elle que le jardin familial doit préférer, tant pour l'usage médical que pour le condiment.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES DES MENTIIES

Les menthes sont toniques, stimulantes, antispasmodiques. Vantées pendant longtemps comme des panacées, elles ont connu un tel déclin que la plupart de ceux qui, de nos jours, prennent une infusion de menthe, ignorent qu'il s'agit de l'une des meilleures médicinales. Au XVII~ siècle, déjà, on s'en tenait pratiquement aux seuls emplois diges­tifs. Il a fallu attendre les recherches des pharmacologistes de la fin du xrx-, sur l'essence, ses composants et son action physiologique, pour voir le champ des indications retrouver son ancienne ampleur, tout en se précisant. Dans les années 1920-1940, on mit en évidence l'action puissamment bactéricide du menthol : l'essence de menthe poivrée est au quatrième rang des essences antiseptiques. N.B. : Ne jamais faire respirer à un nourrisson de l'essence de menthe ni de menthol : risque de spasme laryngé pouvant entraîner la mort par asphyxie .

• Usage antispasmodique

En infusion à 5-8 g pour 1 litre d'eau bouillante (1 pincée par tasse, 1 tasse matin et soir), la menthe exerce une action très sensible sur le système nerveux. Stimulante des nerfs moteurs et sensitifs, elle modère leurs réactions en cas d'excitation pathologique. Aussi a-t-elle de nombreuses indications comme antispasmodique et sédative: nervosité, insomnie, palpitations, migraine, névralgies, crampes, vertiges,

tremblements, vomissements nerueux, douleurs spasmo­diques de l'utérus et de la vessie, toux spasmodique, coqueluche. Ces indications sont voisines de celles de la plupart des Labiées aromatiques mais la menthe ne sau­rait les remplacer toutes, chacune de ces herbes béné­fiques ayant une action particulière qu'il est bon de savoir mettre à profit.

• Usage tonique, stimulant

C'est le plus populaire: prendre une infusion de menthe, après les repas, est une habitude très répandue, même si elle ne correspond pas toujours à une pratique diététique consciente. Quand il n'existe aucun trouble de la diges­tion, il est préférable de ne boire que des infusions très légères et même de ne faire de la menthe qu'une com­pagne discrète du serpolet ou du thym : à quoi bon, en effet, stimuler des organes en parfait état de fonctionne­ment? Bien des gens prennent force "tisanes digestives" en espérant couper des diarrhées ou des constipations plus ou moins chroniques que ces breuvages ne font qu'entretenir, quand ils ne les ont pas suscitées. L'action des aromatiques outrepasse largement l'excitation des papilles gustatives: si l'estomac inerte des dyspeptiques nécessite l'action des stimulants dont les plus efficaces sont fournis par les Labiées et les Ombellifères, il ne sau­rait, pas plus que l'estomac sain, être soumis aux vrais ramonages que lui imposent certaines préparations du commerce "exclusivement végétales", dont l'usage pro­longé peut entraîner des irritations et, souvent, une fâcheuse accoutumance, plus néfaste que l'atonie même. Les simples dits "stomachiques" ne sont nullement desti­nés à remplacer les sucs gastriques ni à pallier l'inertie des muqueuses : ils réveillent les fonctions naturelles de la digestion et leur usage doit être fortement atténué quand elles se ressaisissent. Il importe de se souvenir surtout qu'il ne saurait y avoir de traitement valable des troubles gastro-intestinaux sans une stricte hygiène ali­mentaire. Les anciens ont loué bien des remèdes contre l'indigestion: ils ignoraient qu'une alimentation équili­brée est le plus efficace des remèdes, le plus sûr garant contre la maladie.

La menthe (infusion ou sirop ci-dessous par petites cuillerées, pur ou étendu) remédiera parfaitement

l'atonie des voies digestives, aux fermentations avec coliques douloureuses (elle possède des vertus antiseptiques manifestes et s'emploie utilement dans les intoxications d'origine digestive) ; elle combat la mauvaise haleine, la migraine des gastralgiques, l'aérophagie. Elle a sur la dys­ménorrhée l'heureux effet des stimulants de la même famille. Comme d'autres Labiées, aussi, elle peut avoir une action vermifuge (1 ou 2 pincées de poudre de feuilles sèches le matin à jeun, dans du lait).

Tonique, stimulante, excitante à fortes doses, la menthe - et surtout les espèces cultiv-ées très riches en essence - est indiquée dans tous les états de faiblesse générale : "Je l'employais, dit Cazin ... chez les sujets détériorés par une mauvaise nourriture, habitant dans les lieux humides, soumis, en un mot, à l'action de toutes ces causes dépres­sives, physiques et morales, qui constituent la misère et dégradent l'homme. Dans ces cas, je fais prendre habi­tuellement à ces malheureux, la menthe poivrée en place de thé." On l'a prescrite autrefois dans les paralysies, on la regardait comme "l'un des meilleurs moyens de ranimer le principe vital". Dans les évanouissements, les frictions d'essence de menthe sur les gencives se montre­raient efficaces. Des expérimentations modernes, confir­mant les affirmations des anciens, reconnaissent à cette plante des propriétés aphrodisiaques.

Expectorante comme beaucoup de Labiées, la menthe peut devenir assez vite irritante : on lui préférera ici le marrube, le lierre terrestre ou l'hysope.

• Usage externe

La menthe est résolutive. On appliquait sur les seins engorgés un cataplasme fait d'un mélange de menthe fraîche, pilée, et de farine de froment (à l'intérieur, elle passe pour arrêter la sécrétion lactée et les nourrices en usaient au moment du sevrage). Son infusion vineuse ou aqueuse s'utilisait sur les ulcères atoniques, les contusions, les ecchymoses; elle est très efficace contre la gale. Vul­néraire très populaire autrefois, "l'huile de baume" s'obte­nait par macération au soleil, pendant le mois succédant à la récolte, de sommités de menthe dans de l'huile d'olive. On l'appliquait sur les plaies (il en existait de nombreuses formules composées où entraient diverses plantes vulné­raires et même du tabac).


© poivrecayenne, les plantes médicinales2005
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