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Ethnopharmacologie
Exploration interdisciplinaire
des agents biologiquement actifs traditionnellement employés ou observés
par l'homme
a. le domaine de l'ethnopharmacologie
1. autour d'une définition : qu'est-ce que l'ethnopharmacologie
?
2. spécialisation et agrégation de compétences
b. La formation de l'ethnopharmacologie : principaux apports et problèmes
de collaboration
1. les apports
2. avantages réciproques et difficultés de la collaboration
: sciences de l'homme et sciences de la nature
c. l'ethnopharmacologie : méthodes
1. précisions terminologiques : techniques, méthodes et
théories
2. les méthodes de terrain
3. exploitation des données de terrain
4. les méthodes toxico-pharmacologiques
Références
Notes
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a. le domaine de l'ethnopharmacologie
A l'origine de l'intérêt considérable dont a bénéficié ces
dernières années l'ethnopharmacologie, se trouvent trois
faits majeurs :
- la fréquente pertinence des indications thérapeutiques
de remèdes vernaculaires qui a frappé les scientifiques
occidentaux, médecins, pharmacologues, ethnologues;
- une conséquence technologique et économique de la première
constatation : comment trouver de nouvelles substances naturelles intéressantes
dans un milieu naturel dont on sait que, pour les seuls végétaux,
il contient plusieurs dizaines de milliers d'espèces, dont chacune
peut produire plusieurs dizaines, voire centaines, de molécules
différentes ? Comment décider du choix des espèces à étudier,
sachant combien de telles recherches sont coûteuses ? A ces questions,
l'ethnopharmacologie apporte une réponse originale, en amont de
la mise au point de nouveaux produits. Voilà la démarche
dont la productivité est aujourd'hui de plus en plus largement
reconnue ;
- la prise de conscience, au niveau mondial, à la fois de l'ampleur
des problèmes sanitaires demeurés sans solution, et même
de leur constante aggravation, dès que l'on sort du domaine restreint
des seuls pays développés. Partout, l'espoir de faire partager
aux peuples les plus pauvres les avancées considérables
de la médecine technologique occidentale, a été déçu.
La prise
en compte de chacun de ces ensembles de faits, qui ouvrent sur autant
de problèmes non résolus, ne s'est pas faite
de façon unitaire, ni immédiate. La mise en relation des
problèmes émergeant de ces différents domaines,
pour tenter de leur donner une formulation unifiée susceptible
de conduire vers des solutions qui tiennent compte d'un contexte si complexe,
a exigé une maturation qui s'est poursuivie sur plusieurs décennies,
avant que s'amorce sa formalisation au sein d'une nouvelle discipline
: l'ethnopharmacologie.
L'ethnopharmacologie
peut ainsi intervenir à deux niveaux différents,
et y apporter des contributions originales : dans le domaine de la connaissance
elle associe de façon nouvelle les compétences propres à diverses
disciplines jusque-là fort éloignées les unes des
autres, d'une part, et ouvre la voie à l'échange entre
ordres différents de savoir (scientifiques et non-scientifiques),
d'autre part ; dans le domaine de l'action, elle peut contribuer à l'avènement
de solutions alternatives aux problèmes sanitaires des pays les
plus démunis du point de vue de l'économie mondiale.
Ce sont
ces facteurs, leurs conséquences et la
contribution qu'apporte l'ethnopharmacologie, qui nous concerneront
ci-dessous.
Le choix
qui a été le nôtre en introduisant ce volume
- un des tout premiers en son genre - consacré en entier à l'ethnopharmacologie,
où sont mises en avant les préoccupations méthodologiques,
a consisté à proposer une vue de synthèse sur la
constitution de la discipline, de façon à permettre la
poursuite d'une réflexion sur l'état actuel des travaux,
et sur ce qu'on appellera le programme de cette jeune science. En effet,
il n'y a pas de discipline scientifique s'il n'y pas de programme. Celui-ci
doit bien entendu être compris dans son sens le plus large : c'est
l'ensemble des problèmes dont les praticiens de la discipline
s'accordent à dire qu'ils constituent, à un moment donné,
les fronts décisifs sur lesquels doivent porter les efforts.
Notre démarche ici consistera à situer tout d'abord l'ethnopharmacologie
dans son contexte scientifique, à travers l'examen de sa définition.
On considérera ensuite l'ethnopharmacologie dans son état
actuel et dans son ouverture vers l'avenir, on passera en revue les solutions
qu'elle propose pour la mise en relation des divers niveaux de recherche
qui interviennent (terrain, laboratoire, applications), ses objectifs,
ses méthodes. Pour ce qui est des résultats, on se référera à l'ensemble
des communications présentées dans ce volume.
1.
autour d'une définition : qu'est-ce
que l'ethnopharmacologie ?
Les premières tentatives pour définir l'ethnopharmacologie,
en tant que discipline autonome, datent du début des années
80, et ce fait exprime la situation quelque peu paradoxale qui préside à sa
consécration publique. A considérer, en effet, l'une de
ces définitions, on s'aperçoit que l'acte de "baptême" de
l'ethnopharmacologie ne coïncide pas, loin s'en faut, avec l'inauguration
du type de travaux correspondant à la nouvelle définition.
L'ethnopharmacologie,
lit-on, consiste en "l'exploration interdisciplinaire
des agents biologiquement actifs traditionnellement employés ou
observés par l'homme" (1).
Malgré son apparente simplicité, cette définition
soulève plus de questions qu'elle n'est en mesure d'en résoudre.
Elle n'est donnée ici qu'à titre illustratif, car, à travers
l'examen des difficultés qu'elle recèle, on peut identifier
les obstacles que nous devrons franchir un à un, pour situer correctement
la place, le rôle, et les objectifs de l'ethnopharmacologie.
Qu'est-ce,
tout d'abord, qu'un "agent" ? Est-ce un mélange
de plantes, une plante entière, ou l'une de ses parties, une préparation
spéciale, un "principe actif, une molécule ? Mais,
s'il s'agit de considérer tout ce qui peut agir sur le niveau
biologique, la manipulation des corps ou encore une prière, qui
peuvent avoir des effets biologiques réels, sont-ils aussi des "agents" ?
Et si l'ethnopharmacologie n'étudiait que les "agents" qui
sont "biologiquement actifs", comment ferait-on pour les déterminer à l'avance
? Établir si oui ou non des "agents" possèdent
ce que l'on appelle une "activité" est, à l'évidence,
l'une des tâches majeures de la recherche ethnopharmacologique,
et l'un de ses préalables absolus.
Clair seulement
en apparence est aussi l'emploi du terme "traditionnel":
qu'apporte-t-il dans cette définition ? Que l'emploi ou l'observation
doivent être anciens ? Ou qu'ils se réfèrent aux
cultures autrefois dites "traditionnelles", parce qu'on ne
savait y voir que stagnation et transmission à l'identique, en
dehors de ce qui caractériserait les cultures "non traditionnelles" -
la nôtre et elle seule - c'est à dire invention, recherche,
transformation des savoirs ?
De surcroît, cette définition met ainsi l'accent sur les "agents" et
non sur l'étude des usages dont font l'objet ces "agents",
là où il est clair que c'est l'usage qui guide. En effet
si Ethno-Pharmacologie il y a (PRINZ, ce volume), au delà de la
pharmacologie tout court, c'est bien parce que la recherche se fait,
non pas sur l'ensemble des matières disponibles dans le monde
naturel, mais sur celles qui font l'objet d'usages vernaculaires 1, et
en considérant ces derniers comme des éléments essentiels
pour la recherche des "activités", ou, plus largement,
des propriétés de ces matières.
Par conséquent, l'objet que se donne l'ethnopharmacologie, serait
sans doute mieux décrit comme l'étude scientifique interdisciplinaire
de l'ensemble des matières d'origine végétale, animale
ou minérale, et des savoirs ou des pratiques s'y rattachant, que
les cultures vernaculaires mettent en oeuvre pour modifier les états
des organismes vivants, à des fins thérapeutiques, curatives,
préventives, ou diagnostiques.
2.
spécialisation et agrégation de compétences
L'ethnopharmacologie présentera d'emblée des caractéristiques
originales, si on la compare à d'autres domaines de recherches.
Le mouvement qui voit les disciplines scientifiques modernes se constituer
au sein et sur la base de savoirs préexistants s'analyse, si on
l'examine de plus près, en un certain nombre de processus précis
: systématisation, formalisation et professionnalisation croissantes.
Une vue rapide ajouterait à ceux-là le processus de spécialisation.
En effet, dans la plupart des cas, la constitution d'une nouvelle discipline
s'opère par découpage, à l'intérieur d'un
champ plus large tenu auparavant par une discipline plus ancienne, d'un
sous-domaine toujours plus étroit de problèmes, de méthodes
et d'objectifs.
Cependant,
si les trois premiers processus sont toujours à l'oeuvre,
certaines disciplines se constituent non pas par spécialisation,
mais à travers le processus inverse d'agrégation de compétences.
Ce qui définit ces "nouveaux chantiers", c'est donc
d'une part la multiplicité des compétences indispensables à l'élaboration
ne fût-ce que du projet scientifique, et d'autre part l'incapacité reconnue
de chacune de ces spécialités à assumer à elle
seule ce nouveau projet. Il se trouve, en outre, que les disciplines
dont l'apport au projet ethnopharmacologique s'avère indispensable
sont particulièrement nombreuses comme nous le verrons.
b.
La formation de l'ethnopharmacologie : principaux apports et problèmes
de collaboration
la reformulation moderne d'une démarche ancienne
La principale
caractéristique de la nouvelle discipline est le
double aspect qu'elle revêt, de continuité avec une perspective
ancienne et de reformulation, en profondeur, des objectifs et des méthodes.
Dans la mesure où les usages des substances naturelles font partie
de savoirs préexistants, notamment vernaculaires, la pharmacognosie
et la pharmacologie modernes ont eu à affronter dès le
départ les tâches de type "ethnopharmacologique" :
déterminer les ingrédients constituant tel remède
ou tel poison vernaculaire, cerner les modes de préparation ;
analyser, pour chaque ingrédient, avec les moyens disponibles à chaque époque,
sa composition chimique; tenter de repérer, dans chaque cas, la "substance" ou
le "principe actif" qui pourrait être responsable de
l'activité constatée et en décrire les mécanismes.
1. les apports
la botanique : un système de référence
Les pharmacognostes
ont depuis toujours eu partie liée avec la
botanique, au point que l'on peut dire que cette dernière émerge,
en tant que discipline indépendante, d'une matière médicale
végétale où l'usage guide les classifications et
les descriptions botaniques, rarement entreprises pour elles-mêmes.
Le détachement tardif d'une botanique "désintéressée", étudiant
les plantes d'un point de vue formel, indépendant de leur utilité,
loin de contrarier l'essor de la pharmacognosie, lui apportera un instrument
immédiatement utilisable, et universellement perçu comme
indispensable pour l'identification des drogues.
La question
se pose, pour l'ethnologie, de façon radicalement
différente. Le recours à la botanique n'est utile que dans
certains types de travaux, non dans tous. Mais même dans le traitement
de thèmes pour lesquels l'on admet aujourd'hui qu'elle est indispensable,
l'approche ethnologique n'a pas toujours su s'associer les compétences
de spécialistes de la botanique, ou a été amenée,
du fait des contraintes diverses du travail de terrain comme de l'état
des questions, à se contenter d'une identification sommaire des
végétaux, souvent limitée au genre ou définie
par le seul nom vernaculaire, lorsqu'elle n'était pas erronée.
Cependant, ce sont les premiers résultats accumulés, malgré leurs
défauts, qui ont fait apparaître la fécondité des
recherches dans ce domaine, et contribué à poser la nécessité de
l'amélioration de la qualité des recueils, même lorsqu'ils
se donnent pour seul objectif, modeste seulement en apparence, de procéder,
dans une première phase, à l'engrangement des données
(approche ethnographique).
Le recours à des botanistes spécialisés s'avère
donc nécessaire dès les premières étapes
de la recherche ethnologique. Si la botanique est l'alliée naturelle
de l'ethnologie dans les perspectives de l'ethnopharmacologie, elle devient
le point d'ancrage de toutes les disciplines liées à cette
dernière.
l'ethnologie et la pharmacologie
Parmi toutes
les disciplines qui sont appelées à coopérer
dans ce nouveau chantier, il en est deux qui jouent un rôle tout à fait
central dans la constitution de l'ethnopharmacologie : l'ethnologie et
la pharmacologie, et ce sont leurs rapports qu'il faut à présent
passer en revue. La première, l'ethnologie, est une approche scientifique
des sociétés et des cultures ; la pharmacologie est l'étude
scientifique des effets du milieu chimique environnant sur la matière
vivante et en particulier des médicaments, de leurs effets biologiques,
de leur mode d'action et de leur emploi.
L'ethnopharmacologie
tente donc de rassembler dans une approche complémentaire
deux disciplines qu'a priori tout sépare : les conceptions vernaculaires
de la santé et de la maladie, des remèdes, de leur mode
d'emploi et de leur efficacité, et enfin du retour à l'état
d'équilibre ou de santé, relèvent de l'ethnologie
et s'inscrivent le plus souvent dans une conception relativiste de la
culture. L'identification botanique, zoologique ou minérale des
remèdes vernaculaires, l'évaluation de leur impact sur
un organisme vivant, la recherche de leur mode d'action, de l'influence
de la dose ou du mode de préparation du remède, qui sont
les tâches propres à la pharmacologie, s'inscrivent dans
une conception positive, voire positiviste, du savoir, qui est la philosophie
dominante dans le champ des sciences, et de la biologie en particulier.
Le projet
qui consiste à combiner deux points de vue, culturel
et biologique, exige une réflexion de fond et l'élaboration
de méthodologies qui puissent mettre en valeur la complémentarité entre
les deux disciplines, et agir en retour sur chacune d'entre elles, en
leur apportant de nouvelles questions, de nouvelles connaissances.
l'histoire
: réseaux d'influences
et transmission des savoirs médicaux entre civilisations
La reprise
des recherches sur les savoirs non-scientifiques ou pré-scientifiques
contemporains 2 a entraîné également un regain d'intérêt
pour les savoirs anciens, qui ne sont accessibles qu'à travers
des documents historiques le plus souvent hérités des traditions
savantes (grecs, latins, perses et arabes, indiens, tibétains,
chinois ... ).
L'exploitation
de ces sources est l'affaire des historiens, et, pour la perspective
ethnopharmacologique, la contribution des historiens
des
sciences s'avère, elle aussi, capitale. On conçoit l'intérêt,
pour l'étude de tel type de poison, ou pour la caractérisation
de telle famille de plantes, de la comparaison inter-culturelle que permet
l'ethnographie récente ; mais on se gardera de sous-estimer ce
qu'apporte, comme possibilités de mise en perspective des usages
actuels, un examen systématique des sources anciennes (parfois
millénaires) par des spécialistes de ces sources 3.
Là même où les choses semblaient le mieux assurées,
au sein de traditions académiques vénérables, comme
c'est le cas de l'utilisation des "classiques" par les sciences
pharmaceutiques naissantes, ce sont d'importantes lacunes que l'on découvre.
Ainsi l'érudition des hellénistes et des latinistes, lorsqu'elle
est associée à une formation botanique très poussée,
est-elle en mesure de jeter une nouvelle lumière sur les savoirs
anciens, où il est à parier que bien des données
intéressantes étaient passées inaperçues,
et à propos desquels les contresens qui demandent à être
rectifiés sont peut-être plus nombreux qu'on ne l'a imaginé.
Nous avons récemment montré comment l'attribution de certaines
propriétés aux "armoises", identifiées
comme l'ensemble des espèces appartenant au genre Artemisia, du
fait que ce mot désignait, chez les auteurs gréco-latins,
certaines plantes consacrées à Artémis, conduisait
aux pires approximations, et à de fausses conclusions. Ce que
l'on tend à oublier, en l'occurrence, c'est que le genre linnéen
Artemisia, qui inclut actuellement plus de deux cents espèces,
est un produit du XVIIIème siècle, plusieurs fois remanié depuis
lors. Sa projection dans le passé n'est donc qu'anachronisme.
Ainsi, les textes gréco-latins analysés par J. André,
nous ont permis de retrouver, en synonymie avec le mot "Artemisia",
plusieurs dizaines d'espèces, relevant de six genres (au sens
actuel) différents, voire appartenant à d'autres familles
que celle des Composées (Labiées, Aristolochiacées,
etc.) (2-3).
Il est intéressant de constater que le réexamen des sources
classiques elles-mêmes, dans une perspective ethnopharmacologique,
aboutit elle aussi à des projets de grande ampleur, où le
caractère systématique est, là encore, dominant.
On pense naturellement aux travaux de la Société d'Etudes
Ayurvédiques sur les sources indiennes (Mazars, ce volume), ou
encore, au projet "Theorema" (dépouillement et informatisation
de l'ensemble des sources latines de l'Antiquité et du Moyen Age
jusqu'au Xe siècle) (33).
Les travaux
des chercheurs de la Société Française
d'Ethnopharmacologie concernant la médecine arabo-persane, en
rapport avec nos recherches de terrain au Yémen, confirment l'intérêt
d'une démarche qui met systématiquement en relation les
données de terrain et les informations fournies par les textes
historiques de ces traditions savantes (5-8).
2.
avantages réciproques et difficultés
de la collaboration : sciences de l'homme et sciences de la nature
Contrairement à ce qu'un exposé de principe pourrait laisser
croire, la mise en commun des projets, approches et instruments de recherche
propres aux différentes disciplines impliquées dans le
domaine de l'ethnopharmacologie est une tâche difficile, de longue
haleine. Elle ne va jamais de soi, et c'est un constant effort qui est
nécessaire pour mettre en relief les avantages des collaborations,
pour dépasser les difficultés de communication dues aux
différences de langage et d'habitudes intellectuelles, pour éviter
la tendance au confortable et sécurisant repli sur soi qui explique
la lenteur de la mise en place d'une réelle interdisciplinarité.
(Prinz, ce volume).
du savoir pharmacologique à l'anthropologie des savoirs
Les rapports
entre l'ethnologie et la pharmacologie sont le plus souvent analysés comme un aller simple du terrain au laboratoire. De là provient
pour une bonne part, le malaise qui règne entre certains secteurs
des sciences humaines et des sciences de la nature. Les premières
répugnent à juste titre à jouer les pourvoyeuses
d'informations dont le devenir scientifique, (pour ne pas parler des
aspects industriels et sociaux que revêt l'insertion du médicament
moderne dans les systèmes vernaculaires de santé dont proviennent
les informations ...), leur échappe entièrement.
La rétroaction manquante dans ce tableau, paraît cependant
moins difficile à envisager sur le plan scientifique que sur les
autres plans : c'est l'examen des pharmacopées vernaculaires en
fonction des résultats du laboratoire. Et cependant, la confrontation
des contenus de savoirs d'ordres différents, comme le sont les
sciences biologiques et les savoirs vernaculaires, reste indispensable
pour faire apparaître certaines caractéristiques des uns
et des autres, et en tout premier lieu, celles, tout à fait centrales
dès lorsqu'il s'agit de savoirs, qui concernent les procédures
de détermination de la vérité ou de la fausseté des
propositions, de l'évaluation de l'efficacité des pratiques,
et enfin, des stratégies de découverte.
l'apport
de l'ethnologie à la pharmacologie
Dans la recherche ethnopharmacologique, l'ethnologie est indiscutablement
une discipline de l'amont.
Son apport se situe principalement à deux niveaux :
- au niveau ethnographique, sa mission est de donner la description des
usages médicinaux, et cela de façon aussi détaillée
et fidèle que possible ;
- au niveau ethnologique, elle contribue à la mise en relation
des usages entre eux, afin de restituer les principes d'organisation
des pharmacopées, et, plus largement, des systèmes thérapeutiques étudiés.
Sur ces
données ethnographiques, ethnologues et pharmacologues,
conjointement, entreprendront alors l'interprétation des usages
en fonction des objectifs de recherche définis en commun. La connaissance
du contexte culturel dont sont issues les données ethnographiques,
est alors confrontée avec les interrogations propres à la
pharmacologie, comme on le verra plus loin.
Mais l'anthropologie
est appelée à intervenir également
en aval du travail de recherche ethnopharmacologique proprement dit,
dès qu'il s'agit de diffuser, en retour, certains résultats
vers les sociétés qui ont fourni les informations de départ.
Car alors, l'intégration des nouvelles propositions dans les contextes
sociaux et culturels, leur pertinence, la justesse des moyens et du langage
utilisés, dépendront pour une grande part, de la bonne
connaissance des sociétés concernées (12).
du terrain au laboratoire : un sens unique ?
Les travaux
de laboratoire, guidés par les usages vernaculaires
relevés sur le terrain par l'ethnologue, vont tenter dans un premier
temps de constater le bien-fondé de l'usage en démontrant
les effets biologiques par des techniques pharmacologiques. C'est à partir
de ce constat qu'une stratégie de développement industriel
va tenter d'identifier la substance active qui expliquerait l'effet constaté;
dans ce cas, au delà de l'enquête ethnologique utilisée
comme simple inventaire ou "recensement", l'usage vernaculaire
du remède disparaît. Ce qu'il en reste, c'est une matière
(par exemple une plante), dont l'analyse chimique et pharmacologique
prend entièrement en charge le devenir: séparation des
composants, fractionnement, étude pharmacologique.
La distance
entre le point de départ et le remède final
ne cesse de s'accroître ; chaque phase d'élaboration (technique,
commerciale, médicale) l'éloigne un peu plus du savoir
vernaculaire où il a eu sa lointaine origine, et de la société qui
l'a produit. On est là devant un paradoxe considérable
: c'est l'efficacité constatée au départ au sein
des systèmes vernaculaires, qui a motivé l'injection de
la matière première dans les circuits pharmaceutiques,
mais ceux-ci ne peuvent aboutir qu'à la mise sur le marché d'une
substance dont les caractéristiques (jusqu'aux modalités
et conditions d'utilisation) interdisent, dans la quasi totalité des
cas, son insertion dans les systèmes thérapeutiques vernaculaires.
Si, dans certains types de collaboration avec l'industrie pharmaceutique,
le sens unique est un fait, force est de constater que les programmes
de recherches ethnopharmacologiques prennent en compte cet aspect fondamental,
qui est le retour de l'information vers les informateurs: c'est-à-dire
la diffusion des travaux de laboratoire au niveau du terrain (ROBINEAU
et WENIGER, ce volume).
diversité des stratégies de découverte
Il faut
rappeler que la recherche pharmaceutique développe ses
stratégies de découverte à partir de sources très
diverses, dont les savoirs vernaculaires ne représentent qu'une
partie limitée, bien souvent d'ailleurs utilisée par les
chercheurs sans qu'ils aient conscience de l'origine de l'information.
On peut,
en suivant Farnsworth et Kaas (4), situer l'ethnopharmacologie parmi
les diverses méthodes alternatives qui s'offrent au chercheur
: "les trois approches fondamentales qui sont actuellement employées
pour la sélection d'inhibiteurs antitumoraux efficaces à usage
humain (...) parmi les 750 000 espèces végétales
candidates" sont les suivantes :
- sélection au hasard pour les analyses chimiques (random selection
screening) ;
- utilisation d'informations provenant des médecines vernaculaires,
(traditional medicine), "afin de soulever des pistes à partir
des préparations indigènes" ;
- exploitation des données expérimentales publiées
qui indiquent une activité antitumorale pour les extraits de plantes".
4
En comparant
le rapport entre les coûts et les résultats
de chacune de ces approches, les auteurs concluent : "De ces données,
il apparaît que l'on multiplierait, (si on compare avec les résultats
du screening au hasard) par un facteur deux le nombre d'espèces
végétales présentant, in vitro ou in vivo, une activité cytotoxique
ou antitumorale, si les plantes étaient sélectionnées
sur la base de leur utilisation en tant que remèdes supposés être
des anticancéreux. De même, la sélection des plantes
censées être utilisées comme anthelminthiques, multiplierait
la probabilité de trouver une activité antitumorale par
un facteur trois, les plantes utilisées comme poisons de pêche
par un facteur d'environ quatre, et les plantes censées être
utilisées comme poisons de flèche, par un facteur d'environ
cinq".
Cette démarche systématique est restée, il faut
le reconnaître, exceptionnelle, jusqu'à ces dernières
années, ce qui a rendu difficile une appréciation correcte
de l'apport des savoirs vernaculaires comme sources de remèdes
efficaces.
c.
l'ethnopharmacologie : méthodes
1.
précisions terminologiques : techniques, méthodes et
théories
Chacune de ces phases met en oeuvre des méthodologies spécifiques.
Avant de passer en revue les problèmes méthodologiques,
une mise au point terminologique s'impose.
Les questions
que l'on désigne globalement comme "méthodologie" se
distribuent sur trois niveaux distincts, aussi bien pour les recherches
anthropologiques que pour la partie pharmacologie. Ces niveaux sont ceux
des techniques, des méthodes et des théories.
On appellera
techniques les procédés isolés qui
permettent de réaliser des tâches partielles. Ainsi, pour
le travail de terrain, la récolte et la conservation de spécimens
végétaux, la détermination botanique, la constitution
d'un herbier, les procédés d'enregistrement des données
: cahiers, fichiers, grilles de recueil de données, enregistrement
sonore, la photographie, le film, sont des techniques. Pour ce qui est
de la recherche pharmacologique, on parlera de "techniques" pour
désigner le mode d'élaboration d'un extrait, un test déterminé (culture
de certaines cellules in vitro, ou organe isolé, etc.), ou encore
un procédé de mesure (quantification de l'activité comportementale
chez l'animal in vivo). Dans ce dernier domaine, la technique prendra
parfois l'aspect d'un appareil, d'un instrument.
Les méthodes sont tout d'abord des assemblages de techniques,
dont le choix et la forme sont directement liés aux objectifs
de la recherche. Mais les méthodes sont surtout des démarches
qui fixent les conditions et les modalités de pertinence et de
validité des techniques utilisées. Enfin, au domaine de
la méthode ainsi défini, appartiennent également
les étapes de mise en forme, et de description des données.
Mise en relation des données d'un herbier avec les informations
recueillies sur des usages, comparaison de systèmes de nomination
vernaculaires avec la classification botanique, analyse des notions vernaculaires
qui décrivent les maladies ou les buts d'utilisation, ce sont
des tâches qui mobilisent, chacune, diverses techniques, ou leurs
produits. Leur ordre et leur mode d'utilisation sont fixés par
la méthodologie retenue. Les méthodes pharmacologiques
procèdent de même : combinaison ou essai successif de plusieurs
techniques d'extraction, de fractionnement, de tests d'activité,
interprétation des résultats issus d'une technique au regard
de ceux d'une autre, etc. La notion de protocole recouvre assez bien
ce niveau méthodologique: suite ordonnée de procédés
mis au point pour une stratégie de recherche.
Enfin, le
niveau théorique peut être compris de deux façons
différentes. En tant qu'ensemble de concepts, de présupposés
ou de postulats de base, la théorie se trouve bien souvent en
deçà du seuil de conscience du chercheur. Elle est formée
de catégories implicites qui fonctionnent en arrière-plan
de la recherche proprement dite. En tant qu'ensemble d'hypothèses
mises à l'épreuve dans un protocole particulier, ou, plus
souvent sans doute, dans une famille de protocoles, la théorie
s'attache à définir la structure et les contours, les problèmes,
d'un champ scientifique donné.
Le niveau
de discussion qui nous intéresse au premier chef ici,
parce qu'il est, dans la phase de développement actuel de l'ethnopharmacologie,
tout à fait stratégique, est le niveau intermédiaire
entre les techniques et la théorie, celui des méthodologies.
En effet, à l'heure actuelle, pratiquement chaque groupe de recherche
utilise des protocoles qui lui sont propres. La diversité des
techniques utilisées ne permet pas d'études comparatives.
2.
les méthodes de terrain
Les problèmes que l'ethnographie rencontre sur le terrain tiennent
avant tout à la difficulté de cerner exactement la sémantique
des termes utilisés par les informateurs. Il ne faut pas oublier
que les gens ne classent pas les données du monde naturel selon
les critères des scientifiques. Le mode de nomination des plantes,
par exemple, qui suppose l'existence de classes d'objets végétaux,
en même temps qu'il participe à leur constitution, ne suit
de toute évidence jamais l'exacte classification botanique. Les
notions employées pour décrire le monde des affections
susceptibles de frapper hommes ou animaux, de leur côté,
n'empruntent pas la structure ni le vocabulaire de la moderne nosologie.
Plus qu'un
dictionnaire, c'est bien une encyclopédie du savoir
vernaculaire que l'ethnologue est amené à établir,
pour tel ou tel domaine du savoir.
Mais cette
tâche est beaucoup plus ardue qu'il n'y paraîtrait à première
vue.
repérer l'espace de variation des usages
Un même terme peut avoir des significations différentes
pour différents informateurs ; le même objet peut être
nommé de plusieurs façons différentes, peut être
contradictoires. Bien que très souvent négligée
(voire plus ou moins consciemment dissimulée) par des enquêteurs
que le désaccord entre informateurs perturbe, la dissension sur
des points essentiels est tout aussi constitutive des savoirs vernaculaires
que de n'importe quel autre type de savoir. Seulement, il s'agit d'établir
la méthode de traitement du couple accord/désaccord au
sein d'une culture vernaculaire, problème équivalent à celui
qui se présente au sein d'une discipline scientifique lorsqu'on
tente de se donner les moyens (spécifiques au domaine), de régler
les controverses.
décrire les catégories indigènes
Nul doute
qu'à l'autre bout du processus d'utilisation, où sont
désignés les maux que soigne "la plante", le
même travail soit à faire, sur la portée sémantique
des terminologies (Friedberg, ce volume). Une plante présentée
comme efficace contre "le mal de coeur" relève selon
les références culturelles de l'informateur d'une manifestation
cardiaque (tachycardie, arythmie), d'une pathologie digestive (nausée)
ou d'un problème affectif. Il est donc essentiel de comprendre
le sens de l'usage thérapeutique dans son contexte socio-culturel,
avant d'entreprendre une recherche pharmacologique, afin d'éviter
les contre-sens dans l'utilisation de l'information recueillie.
Du reste,
c'est tout au long du processus d'usage, conçu comme
un cycle opératoire complet, que la variation est à prendre
en compte. L'amplitude même de cette variation, si différente
d'un usage à un autre, est un précieux indicateur du statut
de chaque usage dans l'ensemble des pratiques thérapeutiques.
Certains usages sont rigoureusement codifiés pour ce qui est de
l'ingrédient (une plante, toujours la même sur toute l'étendue
culturelle étudiée, précisément définie).
D'autres le seront pour ce qui est de la posologie, par exemple, ou pour
le mode d'application, mais non pour l'espèce utilisée...
3.
exploitation des données de terrain
Les questions préliminaires que doit résoudre l'ethnopharmacologue
sont les suivantes :
- comment choisir, parmi toutes les informations provenant du travail
de terrain, (on a vu qu'elles peuvent être extrêmement nombreuses),
celles qui mériteront de donner lieu à des tests pharmacologiques
? ;
- comment, le choix étant arrêté sur certains usages
vernaculaires associant à chaque espèce ou complexe de
plantes, une ou plusieurs utilisations thérapeutiques, élaborer
un protocole de recherche pharmacologique à partir de ces informations
?
le choix
des usages à tester
Comment,
dans cette masse d'informations potentiellement pertinentes, choisir
celles qui ont les meilleures chances de produire
des tests positifs
? D'un syndrome et des facteurs susceptibles d'intervenir dans ses mécanismes
ou dans son déclenchement, l'ethnopharmacologue est remonté vers
les groupes de termes qui se réfèrent à chacun de
ces facteurs, à l'intérieur des comptes-rendus des recherches
de terrain. La présence de ces termes dans la description d'un
usage l'aura conduit à retenir ce dernier en première approche.
C'est donc un grand nombre d'usages qui forment le résultat de
cette première phase.
Il s'agira
désormais de pondérer chacun des usages en
fonction de certains critères, afin de les classer selon leur
degré d'intérêt potentiel. Un de ces critères
pourra être celui des "convergences" pour commencer par
celui qui est le plus souvent cité. Une même plante sera
indiquée dans des contextes culturels différents, pour
soigner le syndrome "asthme", ou une affection dont on soupçonne
qu'elle recouvre ou recoupe "l'asthme" : c'est la convergence
directe.
Mais cette
même plante peut être utilisée par exemple
pour soigner l'un des syndromes susceptibles d'être provoqués
par l'un des facteurs dont la physiopathologie indique qu'ils interviennent
dans l'asthme... C'est une convergence indirecte. Enfin, des espèces
différentes, mais proches (même genre, voire même
famille), sont utilisées soit pour le syndrome central de la recherche,
soit pour l'un des facteurs associés. La chimiotaxonomie permet
de prévoir dans une certaine mesure, la proximité chimique
d'espèces qui sont proches au point de vue de la classification
botanique. L'existence de ce type de convergence (convergence chimiotaxonomique)
accentuera l'intérêt pour l'espèce de départ,
mais aussi pour les espèces chimiquement et botaniquement proches
(10). Ainsi, par itérations successives, tantôt s'élargit,
tantôt se resserre le champ de la recherche, en se concentrant
sur un nombre toujours plus restreint d'usages.
de la description de l'usage au choix du protocole de test
On aura
donc choisi l'usage vernaculaire à tester, avec ses variations
et variantes. Dès lors, dans cette unité qu'on appelle "un
usage vernaculaire", il faudra bien, pour que la recherche pharmacologique
puisse s'effectuer, découper des séquences opératoires
partielles, qui correspondent à autant d'hypothèses quant à l'identité des
ingrédients, à leur mise en oeuvre, à l'identification
du symptôme, du syndrome ou de l'affection soignée.
Le nombre
de combinaisons théoriquement possibles entre tous
ces éléments protocolaires pour un seul usage s'élève
très rapidement au dessus du millier. Et si l'on peut, à la
rigueur, envisager d'épuiser toutes les combinaisons possibles à propos
d'un usage, il est définitivement exclu que l'on procède
ainsi sur la totalité d'une pharmacopée. Le choix d'un
test particulier est tout à fait décisif, car on peut,
en faisant le "mauvais choix", passer à côté de
l'activité d'une espèce, ou de l'activité la plus
intéressante. Beaucoup "d'invalidations" d'usages vernaculaires
ne sont vraies que pour la séquence opératoire choisie.
En pratique,
le pharmacologue devra choisir un nombre restreint de protocoles de
test. La pertinence d'un tel choix repose
avant tout sur la précision
des données de terrain, sur l'éventuelle possibilité de
recueils complémentaires, il exige, en un mot, la collaboration
de l'ethnographe.
la recherche bibliographique et la confrontation des textes anciens
et enquêtes de terrain
Lorsque
les recherches précédentes justifient l'évaluation
pharmacologique d'une espèce, une recherche bibliographique exhaustive
fera le point sur les connaissances scientifiques actuelles sur cette
espèce, dans les domaines de la chimie, de la pharmacologie, de
la toxicologie et de la clinique.
Lorsqu'il
existe une tradition savante écrite (médecine
grecque, arabo-persane, âyurvédique, chinoise ... ), la
confrontation des données récoltées sur le terrain
avec les textes anciens de référence renseignera sur l'originalité des
indications thérapeutiques d'une espèce. Il peut s'agir
par exemple d'une espèce dont les propriétés étaient
déjà décrites et largement connues dans les textes
anciens ou au contraire d'indications nouvellement proposées.
Dans les deux cas une évaluation pharmacologique peut s'avérer
opportune.
La confrontation
des textes anciens avec les informations recueillies sur le terrain
permet d'intéressants rapprochements. Parfois,
les enquêtes contemporaines permettent d'établir l'identification
botanique d'une plante citée dans les textes anciens, sans que
l'on soit certain de l'identité de l'espèce décrite
; parfois ce sont ses indications thérapeutiques qui sont précisées.
Inversement, la connaissance des textes permet de déterminer le
statut historique de certaines informations recueillies sur le terrain
: données qui se transmettent depuis des siècles, versions
nouvelles et récentes d'usages anciens, ou innovations.
4.
les méthodes toxico-pharmacologiques
Cette enquête préalable de faisabilité débouche
sur la rédaction d'un protocole d'évaluation qui comprendra
plusieurs étapes:
- la réalisation d'un extrait selon le mode de préparation
traditionnel ;
- l'évaluation de l'activité pharmacologique de cet extrait
selon les indications thérapeutiques traditionnelles revendiquées
;
- le fractionnement chimique de l'extrait et l'évaluation pharmacologique
des fractions.
Cette démarche permettra de cerner l'activité pharmacologique
de l'extrait et de guider le chimiste vers la sélection de la
fraction active et vers l'identification des molécules responsables
de l'activité.
la réalisation d'un extrait selon le mode de préparation "traditionnel"
L'expérimentation pharmacologique des remèdes traditionnels
requiert au préalable une mise en forme galénique facilitant
son administration à l'animal in vivo ou à des cellules
isolées in vitro. Toutes les étapes préalables ou
concomitantes à la réalisation d'un extrait seront en mesure
de générer une variabilité infinie.
En effet
la partie de la plante utilisée (feuille, écorce
de tige, racines, fruit, etc.), la période de récolte (floraison,
maturité, etc.), son état (frais ou sec), les techniques
de séchage ou de conservation (température), le solvant
(eau, éthanol, mélange hydro-alcoolique), le mode de préparation
de l'extrait (macération, décoction, infusion, expression à froid
... ), le temps d'extraction (5 minutes, 4 heures, 1 semaine...), la
dose administrée, sont autant de facteurs qu'il convient de définir
pour chaque plante car pour une même espèce ils modifient
considérablement l'activité pharmacologique (Balansard,
Mortier, ce volume).
Face à cette grande diversité des protocoles expérimentaux
et dans l'impossibilité d'en vérifier l'ensemble on s'attachera,
dans un premier temps, à rester le plus près possible de
la tradition. Mais tenter de respecter intégralement la technique
d'extraction des tradipraticiens (ou plus largement, des utilisateurs
vernaculaires), conduirait à multiplier à l'infini les
protocoles, rendant difficile par conséquent toute étude
comparative. D'autre part, le choix consistant à standardiser
un certain nombre d'opérations comme le broyage des matières
premières, le temps de décoction ou la température
d'une macération, s'il permet de contourner les inconvénients
de la variabilité, éloigne inévitablement l'ethnopharmacologue
de l'usage vernaculaire constaté. En pratique, un compromis peut
s'avérer utile, qui consiste à puiser dans l'usage vernaculaire
entre autres le choix du solvant et le choix de la technique d'extraction
puis de standardiser les techniques; enfin, on pourra faire appel à la
lyophilisation, technique non traditionnelle, ajoutée, qui facilite
la conservation d'un extrait ; en effet la plupart des extractions faites
et utilisées sur le terrain sont rapidement exposées à la
contamination microbienne et inutilisables pour l'expérimentation
pharmacologique.
Il conviendra
de caractériser chimiquement l'extrait obtenu par
l'identification d'un composé connu ou par la réalisation
d'une "empreinte digitale" à l'aide des techniques chromatographiques
(chromatographie couche mince, phase gazeuse, haute pression liquide
...). Car si une plante est une entité botanique avec ses caractéristiques
microscopiques et macroscopiques, elle n'est en aucun cas une entité chimique,
et encore moins une entité pharmacologique ; c'est l'extrait bien
défini précisant la partie de la plante, le mode de préparation,
la caractérisation chimique et le protocole d'administration qui
constituent l'entité pharmacologique.
l'évaluation de l'activité pharmacologique d'un extrait
L'étude pharmacologique consiste à mettre en évidence
un effet, à quantifier cet effet par l'étude des relations
dose/effets et effets/temps, à rechercher les effets secondaires
et à étudier le mécanisme d'action; ces étapes,
décrites dans les ouvrages de pharmacologie, ne seront pas abordées
dans ce chapitre. Par contre nous mettrons en exergue les spécificités
et les particularités de la pharmacologie appliquée à l'étude
des extraits végétaux.
la recherche
de la toxicité
Classiquement,
en présence d'une substance inconnue la première étape
dans la recherche d'une activité pharmacologique débute
par l'étude de la toxicité et en particulier par l'évaluation
de la dose létale 50 (DL 50), c'est à dire la dose qui
provoque la mortalité de 50 % des animaux. On administre ainsi à l'animal,
rat ou souris, des doses croissantes d'extraits jusqu'à l'obtention
de la mortalité. Cette technique, fort discutée d'un point
de vue éthique, apporte néanmoins des renseignements de
qualité :
1. elle
détermine en premier lieu la toxicité de la substance
ainsi que la marge thérapeutique, c'est à dire le rapport
entre la dose active et la dose toxique pour l'espèce animale
testée : c'est une étape indispensable à l'utilisation
de toutes substances à des fins thérapeutiques ;
2. l'observation
des premiers symptômes de la toxicité rend
compte des organes cibles, c'est à dire ceux qui sont préférentiellement
atteints par le toxique; la toxicité est d'ailleurs un excellent
critère d'orientation de la recherche d'activité pharmacologique:
le curare induit une paralysie progressive des muscles striés,
on l'utilise aujourd'hui en chirurgie abdominale pour obtenir une bonne
relaxation musculaire. La plupart des plantes toxiques ont donné de
grands médicaments : on doit à la digitale, à la
belladone, ou au colchique respectivement des cardiotoniques, des atropiniques
ou des myorelaxants. La frontière entre médicament et toxique
est floue, c'est bien souvent une question de dose ; la plupart des médicaments
sont, à dose élevée, toxiques et inversement certains
toxiques à faible dose sont utilisés en tant que médicaments.
Si cette
stratégie très féconde à prévalu
aux 19ème et 20ème siècles, la toxicité n'est
plus un critère de premier choix dans la démarche de l'ethnopharmacologie
: l'orientation nous est apportée par l'usage traditionnel qui
a su au fil des siècles sélectionner des espèces
intéressantes. Dans ces perspectives nouvelles la recherche de
la toxicité, toujours nécessaire, n'est pas indispensable
en première intention car la grande majorité des extraits
végétaux expérimentés ne sont pas toxiques.
la sélection d'un protocole d'évaluation
pharmacologique
Si la recherche
de la toxicité d'une substance ne pose plus de
problèmes méthodologiques car les protocoles et les techniques
sont normalisés, il n'en est pas de même pour le pharmacologue
qui bien souvent n'a que l'embarras du choix face à des techniques
nombreuses et diversifiées.
Les techniques
in vivo s'adressant à un animal entier vivant,
sont particulièrement adaptées pour la mise en évidence
d'un effet global ; c'est le cas par exemple de la mesure du volume urinaire
excrété par le rat maintenu dans une cage à métabolisme:
ce test sert à objectiver l'activité diurétique
d'extraits végétaux ; les paramètres mesurés
sont alors la résultante d'un grand nombre de facteurs, mais la
réponse pharmacologique est quantifiable ; elle ne permettra pas
cependant de préjuger du mode d'action qui pourrait être
un accroissement de la filtration glomérulaire, une activité antihormonale
(anti-aldostérone), une modification de la réabsorption
des ions... Ces techniques in vivo présentent aussi l'avantage
d'être plus facilement extrapolables à l'homme. Il faut
remarquer qu'elles mettent en présence deux organisations complexes:
celle de l'animal avec ses mécanismes régulateurs et celle
de l'extrait végétal constitué de dizaines voir
de centaines de molécules chimiques. L'inconvénient majeur
découle de
l'utilisation d'un grand nombre d'animaux vivants qui ne servent que
pour une seule expérimentation : chaque extrait est expérimenté à plusieurs
doses, chaque dose représente un lot de 10 à 20 animaux
; de plus il est nécessaire d'y adjoindre un lot placebo et un
lot de contrôle recevant un produit de référence.
Les techniques
in vitro, dites de substitution, qui présentent
un premier avantage, celui de diminuer fortement la consommation d'animaux
vivants, posent d'emblée un problème de fond : celui de
la confrontation entre un mélange complexe, l'extrait, et un système
simplifié réduit à une cellule, ou une fraction
subcellulaire ; on comprendra de suite, d'une part les différences
de biodisponibilité, de métabolisme et de transport qui
se présentent suite à l'administration de molécules
per os ou par voie intrapéritonéale, véhiculée
au foie par voie sanguine et un contact direct entre des hépatocytes
et des molécules de l'extrait ; d'autre part la réponse
biologique diffère d'une cellule artificiellement isolée
de son environnement organique normal par rapport à une cellule
au sein d'un organe dans lequel elle maintient des interactions constantes
avec les cellules voisines ou avec tout l'organisme. Quant aux techniques
d'étude sur sites récepteurs, on comprendra là aussi
les risques d'interférences entre les agonistes ou les antagonistes éventuels
et les molécules complexes de l'extrait qui peuvent interférer
sur la spécificité de la réaction. Ceci a été démontré lors
de la recherche de l'affinité de molécules végétales
sur les sites récepteurs aux benzodiazépines (13). En fait
les techniques in vitro sont des outils pharmacologiques précieux à condition
qu'ils soient utilisés à bon escient; la mise en pratique
de techniques empruntées à la pharmacologie moderne nécessite
des études préalables de vérification méthodologique
et &adaptation, car on ne travaille pas de la même manière
avec des molécules isolées et avec des extraits complexes.
Certaines techniques sont adaptables, &autres ne le sont pas.
Il faut
signaler aussi l'obtention de résultats contradictoires
entre les techniques in vivo et les techniques in vitro dans la recherche
des activités antiparasitaires (Balansard, ce volume). Il reste
enfin le problème de l'interprétation des expériences
et la nécessité d'obtenir des résultats convergents
sur différents tests (Serrano, ce volume).
l'harmonisation
des méthodologies et le problème
des doses
A l'heure
actuelle il est difficile de proposer un protocole standard d'évaluation, de la même manière qu'il n'existe pas
de critères objectifs pour orienter les tests vers des techniques
in vivo ou in vitro.
Ces techniques
in vivo et in vitro s'avèrent avantageusement
complémentaires pour la recherche d'une activité hépatoprotectrice
par exemple. Les techniques in vitro sont utilisées les premières
suivies par des techniques in vivo. C'est l'inverse lorsqu'il s'agit
de mettre en évidence l'effet antalgique d'une substance.
Le travail
qui reste à accomplir dans ce domaine est considérable.
La première étape restera néanmoins l'harmonisation
des techniques pharmacologiques qui permettra de classer les plantes
en fonction de leur efficacité thérapeutique : à l'heure
actuelle, il est presque impossible de comparer entre eux les travaux
publiés dans la littérature scientifique car les méthodes
d'études sont différentes, ainsi que l'expression des doses
utilisées par l'expérimentateur. Trop souvent ces doses
sont exprimées en milligrammes d'extrait sans que l'on connaisse
le rendement de l'extraction ; il serait là aussi souhaitable
que toutes les doses soient exprimées en milligrammes de plantes
sèches par exemple. Enfin il faut remarquer que les doses employées
dans certaines expérimentations sont beaucoup trop élevées
(10 ou 20 g/kg par exemple) et totalement incompatibles avec les doses
utilisées en thérapeutique (Fleurentin et Joyeux, ce volume).
le fractionnement chimique de l'extrait
et l'évaluation pharmacologique des fractions
Si l'activité pharmacologique est comparable, voire supérieure à celle
d'un produit de référence, l'évaluation pharmacologique
des fractions obtenues guide le chimiste vers la sélection de
la fraction active et vers l'identification éventuelle des molécules
responsables de l'activité. Cette étape de fractionnement
s'avère souvent nécessaire pour l'étude des mécanismes
d'action de l'extrait.
L'application
de méthodes ethnopharmacologiques a jusqu'à ce
jour été très féconde et les résultats
obtenus témoignent d'une efficacité incontestable ; comparés à des
médicaments moléculaires de référence les
extraits végétaux se révèlent être
dans bien des cas au moins aussi efficaces (9). Mais l'absence d'activité pharmacologique
d'un extrait déterminé ne permet en aucun cas de conclure à l'inactivité de
l'espèce, car l'approche pharmacologique de la plante est réductionniste
par nature. Les spectres pharmacologiques d'une espèce et même
d'un extrait sont très larges et un effet biologique sur un système
est rarement isolé ; en effet chaque fois qu'un travail très
consistant a été consacré à une seule espèce,
dans le cadre d'une thèse par exemple, on s'aperçoit que
celle-ci possède 3 ou 4 propriétés pharmacologiques,
certaines étant plus marquées, d'autres étant considérées
comme des effets secondaires, l'ensemble de ces effets ne regroupant
pas forcément les données du terrain; c'est le cas d'Euphorbia
hirta qui est analgésique, sédative et anti-inflammatoire
(11).
La découverte d'une molécule et de son site récepteur,
si confortable qu'elle puisse être pour notre esprit cartésien
ne saurait masquer l'incroyable complexité des systèmes
mis en cause : la biochimie et la pharmacologie, arrivent par empilements
successifs de systèmes simplifiés et par le jeu des interactions
multiples à approcher des ensembles hautement complexes. Le schéma
- une plante / un effet - est une vue de l'esprit mais dans le spectre
d'activité pharmacologique d'une espèce il est possible
de hiérarchiser les effets et de définir un couple fonctionnel
principal: un extrait / un effet dominant. Dans ces conditions il est
possible d'établir une classification des végétaux
en fonction de leur efficacité thérapeutique.
Références
(1) Bruhn J.G., Holmstedt B., 1981, Ethnopharmacology, Objectives, Principles
and Perspectives in Beal J.L. and Reinhard E. (eds.), Natural Products
as Medicinal Agents, Stuttgart Hippocrates Verlag, 405-430.
(2)
Dos Santos J., Molina J., NEMOBASE, Système d'information
sur les Usages Populaires de la Flore, Rapport pour le Ministère
de la Culture, et le Ministère de la Recherche, Mars 1989, 138
p., + annexes techniques, 80 p.
(3)
Dos Santos J., Anthropologie et histoire des pharmacopées
vernaculaires: Les Artemisia et leurs avatars, Communication présentée
au Colloque International de "History and Computing", Montpellier,
septembre 1990.
(4) Farnsworth N.R., Kaas C.L, 1981, An approach utilizing information
from traditional medicine to identify tumor-inhibiting plants, J. Ethnopharmacology,
3, 92.
(5)
Fleurentin J., Pelt J.M., 1982, Repertory of drugs and medicinal
plants of Yémen, J. Ethnopharmacol., 6,
85-108.
(6) Fleurentin J., Mazars G., Pelt J.M., 1982, Cultural background of
the medicinal plants of Yemen, J. Ethnopharmacol., 7, 183-203.
(7) Fleurentin J., Pelt J.M., 1983, Additional information for a repertory
of drugs and medicinal plants of Yemen, J. Ethnopharmacol., 8, 237-243.
(8) Fleurentin J., Mazars G., Pelt J.M., 1983, Additional information
on the cultural background of drugs and medicinal plants of Yemen, J.
Ethnopharmacol., 8, 335-344.
(9)
Fleurentin J., Pelt J.M., 1990, Les plantes médicinales,
La Recherche, 222, 810-818.
(10)
Gottlieb O.R., 1982, Ethnopharmacology versus chemosystematics
in the search for biologically active principlés
in plants, J. Ethnopharmacology, 6, 227-238.
(11)
Lanhers M.C., Contribution à l'étude ethnopharmacologique
et étude pharmacologique d'Euphorbia hirta L.: propriétés
psychotropes, analgésiques, anti-pyrétiques et anti-inflammatoires,
Thèse Univ. Metz, 1988, 629 pp.
(12)
Perrin M., 1982, Anthropologos y Médicosfrente al arte Guajiro
de curar, Caracas, Univ. Catolica "Andrés Bello", 136
p.
(13)
Rolland A., 1988, Etude pharmacologique et contribution à l'étude
botanique et chimique d'Eschscholtzia californica Cham., Doctorat de
l'Université de Metz, mention pharmacognosie, 441 pp.
(14)
Schultes R.E., 1972, From Witch Doctor to Modern Medicine: Searching
the American Tropics for Potentially New Medicinal
Plants", Arnoldia,
32, 5, 198-219.
Notes
1. Nous utiliserons ici, de préférence, le terme plus exact
de vernaculaire pour désigner tous les usages qui ont lieu en
dehors de toute formalisation scientifique. Ce terme n'implique nullement
qu'ils soient "traditionnels" - ils incorporent, au contraire
nombre d'adaptations de savoirs anciens et d'innovations locales - ni
qu'ils proviennent exclusivement des sociétés exotiques,
puisque les usages populaires des pays développés en font
partie au même titre que tous les autres
2. Si l'on
donne au terme "science" le sens restreint qu'on
utilise ici, pour désigner les disciplines scientifiques modernes
3. Les problèmes de déchiffrement, les difficultés
propres à l'état des manuscrits originaux auxquels il faut
recourir, si on veut éliminer les erreurs accumulées et
transmises sans critique, la multiplicité des copies et leurs
divergences, les difficultés linguistiques, etc. excluent, de
façon plus évidente encore que dans d'autres domaines,
que l'on s'improvise historien des sciences...
4. Les alternatives
que ces auteurs définissent ne diffèrent
d'ailleurs pas essentiellement de celles qu'indiquait, quelque dix ans
plus tôt, R.E. Schultes (14).
5. Notons
que c'est l'absence de méthodologies recommandées
qui a incité la Société Française d'Ethnopharmacologie à organiser à Metz
le premier Colloque Européen d'Ethnopharmacologie, qui a été essentiellement
consacré aux problèmes de méthode.
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Plantes
chinoises et atteintes rénales
Une actualité récente fait état de la toxicité rénale
de plantes chinoises consommées dans un but amaigrissant. L'Agence
française de sécurité sanitaire des produits de
santé (Afssaps) souhaite apporter les éléments d'information
suivants.
En Belgique,
dans les années 90, une centaine de cas d'insuffisance
rénale terminale (IRT) a été rapportée chez
des patients ayant suivi un régime amaigrissant à base
de plantes chinoises, notamment Stephania tetandra. L'enquête avait
permis de conclure à la substitution accidentelle de Stephania
tetandra par une plante toxique pour le rein : Aristolochia fangchi,
en raison de noms chinois très voisins.
En France,
ces deux plantes chinoises n'appartiennent pas à la
Pharmacopée française et leur emploi en tant que médicament
n'a jamais été autorisé.
En avril
1994, la notification de deux cas d'insuffisance rénale
similaires aux cas belges a conduit au retrait de Stephania tetandra
et d'Aristolochia fangchi et des produits en contenant. Par la suite,
une enquête épidémiologique, menée par l'INSERM
et l'ensemble des centres régionaux de pharmacovigilance, a permis
d'identifier deux autres cas. Trois autres cas ont été notifiés
plus récemment portant à 7 le nombre de cas français
rapportés par des patients ayant consommé dans les années
1989-1992 des préparations contaminées par Aristolochia
fangchi. Parmi ces 7 cas, une patient est décédée
en août 2000.
En 2000,
l'Afssaps a eu connaissance de données
nouvelles :
- le risque
de développer un cancer des voies urinaires a été mis
en évidence chez les patients ayant développé une
insuffisance rénale sévère après avoir été exposés à Aristolochia
fangchi
- des cas d'atteinte rénale ont été rapportés
en Allemagne et au Royaume-Uni suite à la substitution accidentelle
d'autres plantes par Aritolochia fangchi
Dans ces
conditions, après avoir pris l'avis d'experts, pharmacognostes,
toxicologues cliniciens et épidémiologistes, l'Afssaps
a pris les mesures suivantes :
- un courrier
d'information et de recommandations a été adressé à l'ensemble
des néphrologues et des urologues français en août
et octobre 2000
- bien qu'aucun n'ait été identifié en France, et à titre
de précaution, une interdiction d'utilisation des plantes appartenant à la
même famille qu'Aristolochia fangchi ou susceptibles d'être
substituées par Aristolochia fangchi est en cours d'élaboration.
Enfin, l'Afssaps
souhaite attirer l'attention du public sur les dangers liés à la consommation de préparations à base
de plantes exotiques non autorisées par l'Afssaps ou hors des
circuits officiels, notamment par correspondance, par démarchage
ou sur Internet.
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